Tifaifai

Depuis l’enfance, comme dans beaucoup de famille polynésienne, j’ai été entourée par les Tifaifai. Aujourd’hui encore, c’est un art auquel je suis particulièrement sensible.

J’avais envie de couleurs vibrantes et d’atmosphères légères en sortant du confinement et la thématique des tifaifai est venue naturellement.

L’inspiration générale de cette série est très liée à la nature, avec particulièrement l’utilisation de symboles végétaux ou d’oiseaux, que j’utilisais peu jusqu’à présent.

Série des Tifaifai-  ua avatea roa

Pour ua avatea roa, j’ai utilisé des motifs que j’utilise beaucoup, les siapo, l’œil du Tiki, mais également le végétal et les oiseaux. J’avais également envie d’explorer la vaste gamme des bleus et des verts , avec des nuances qui éblouissent.

Le texte issu du recueil Tahiti aux temps anciens, de Teuira Henry, est issu d’un chant très poétique décrivant les différentes périodes de la journée. ‘Ua avatea roa’ indique le moment ou le ciel est au firmament, soit à midi, lorsqu’il n’y a plus d’ombres et que la lumière étincelle, écrasant presque la nature.

Huile sur toile 40 000xpf

Série des Tifaifai – Upu Fa’aatomu

Cette toile est une déclinaison de la thématique des Tifaifai. Les motifs utilisés sont un hommage à la nature, renforcé par l’utilisation des appliques en contour.  

Le texte issu du recueil Tahiti aux temps anciens, de Teuira Henry, Upu Fa’aatomu  est une invocation aux dieux pour l’équilibre de la vie, en symbiose avec la nature. Un texte qui résonne aujourd’hui avec une étonnante modernité.

Huile sur toile 40 000xpf

Série des Tifaifai – Te mau Mata’i

Cette toile est une déclinaison de la thématique des Tifaifai. J’avais une envie particulière de jaune très vifs et de bleu lumineux. L’huile offre une variation de nuances lumineuses formidable que j’avais envie d’expérimenter, et c’est avant tout la couleur qui m’a guidé.

Le texte issu du recueil Tahiti aux temps anciens, de Teuira Henry est une évocation de la naissance des vents Te mau Mata’i. et de leurs différents noms. Les motifs sont liés à cette évocation des vents qui portent, rafraîchis et fait voyager.

Huile sur toile 40 000xpf

Série des Tifaifai – Te honu iti e

Cette toile est une déclinaison de la thématique des Tifaifai. Je me suis inspirée des relevés de pétroglyphes des îles sous le vent, et notamment des tortues de bora-bora pour les motifs de ce tifaifai. J’avais dans la tête la chanson de Vaiteani ,  Te honu iti e, dans la tête en le peignant, et je les remercie de m’avoir autorisée à utiliser les paroles de la chanson pour l’insérer dans ma composition.

Huile sur toile 40 000xpf- Vendu

Série des Tifaifai  –E hamani rà i te ta’ata

Cette toile est une déclinaison de la thématique des Tifaifai. Elle est née d’une envie de travailler les jaunes et les teintes pourpres, comme une ode de gaieté, à la création, à la vie. L’utilisation des appliques en fougères très lumineuses a guidé la composition de l’ensemble.

Le texte issu du recueil Tahiti aux temps anciens, de Teuira Henry, est celui de la création de l’homme : E hamani rà i te ta’ata .

Huile sur toile 50 000xpf- Vendu

‘āmo’a

Cette série ‘āmo’a, le nom générique des fougères en tahitien, a été réalisée durant le confinement. Sur une impulsion, j’ai utilisé des fougères fraichement cueillies dans la montagne à quelques mètres de chez moi, pour reproduire les techniques de décoration avec appliques des tapa, les étoffes végétales traditionnelles de Polynésie.

Au delà du clin d’œil aux collections que j’ai la chance de côtoyer au Musée de Tahiti, l’utilisation des fougères est aussi un symbole de l’omniprésence du rapport à la nature, essentiel dans la culture polynésienne, et qui m’était d’autant plus essentiel durant le confinement. Un lien que nous avons bien du mal à renouer aujourd’hui .

Aumata

Le terme Aumata évoque l’échange de regards entre 2 personnes, entre 2 « âmes »… Par extension, c’est aussi un enrichissement (humain, intellectuel, culturel) réciproque.

Cette toile a été réalisée durant le confinement. C’est l’une des premières où j’ai utilisée les appliques en fougères pour bâtir le fond.

Le regard au centre appelle l’échange, le questionnement. Le texte issu du recueil Tahiti aux temps anciens, de Teuira Henry, traite de la naissance des dieux.

Cette série est une évocation du rapport essentiel dans l’univers polynésien  entre la nature et le sacré. Une relation particulière à la nature, devenue encore plus essentielles pour moi durant le confinement.

Huile sur carton entoilé 50 000 xpf

Ti’i  Warrior

C’est pour cette première huile que j’ai testé l’utilisation des fougères en applique, en rentrant d’une promenade dans la montagne.

La forme naïve du Ti’i est une petit clin d’œil à certains Ti’i du Musée de Tahiti que j’aime beaucoup, avec des formes rondes et rigolotes, qui rappellent un peu l’univers des mangas. C’est à la fois gardien intrigant mais sympathique, plongé dans un écrin de nature.

Le texte issu du recceuil Tahiti aux temps anciens, de Teuira Henry, traite de la naissance des dieux.

Huile sur carton entoilé 25 000 Xpf

Apetahi

Apetahi signifie regarder de côté ou à la dérobée… mais c’est aussi bien évidemment le nom de la fleur endémique de Raiatea.  J’ai aimé ce ‘double sens’ qui illustre assez bien cette troisième toile, pour laquelle j’ai utilisé cette technique d’applique avec des fougères fraîches.

En hommage au Tiare ‘Apetahi, le texte issu du recueil Tahiti aux temps anciens de Teuira Henry, est un chant de l’île de Raiatea. 

Huile sur toile 50 000 xpf

tāhiri

Prolongeant ces réflexions autour des liens entre la nature et le sacré, cette huile est inspirée par des lectures et échanges durant le confinement autour des manches de tāhiri. Ces pièces remarquables et finement sculptées sont également étonnantes de par leurs représentations anthropomorphes d’une grande modernité qui pourraient avoir étaient crées pour des personnages de fictions futuristes.

Huile sur toile 50 000 xpf- Vendu

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Aumata, Regards croisés

Après beaucoup d’hésitations et de doutes, je me relance dans l’aventure de l’exposition, au coté de  Patrick Guichard et Teva Victor, pour « Aumata, Regards croisés ».  

Aumata évoque l’échange de regards entre 2 personnes, 2 « âmes »… par extension, c’est aussi un enrichissement des connaissances, culturel et humain. Cette exposition est donc placée sous le signe de l’échange, des regards croisés, mais elle sera aussi marquée par le besoin de faire les choses en toute simplicité, malgré cette période complexe. C’est avant tout nous l’occasion de nous retrouver, dans un lieu que nous apprécions, pour simplement partager le plaisir d’exposer ensemble.

C’est un retour aux sources pour moi, puisque je n’avais plus exposé à la salle Muriavai depuis 2012. Après des expositions personnelles et collectives en galerie, j’avais mis en parenthèse mon activité artistique personnelle, ainsi que je l’ai déjà évoqué ici, pour me consacrer à mes autres activités culturelles, et notamment les podcasts.

C’est d’ailleurs lors d’une interview de Louis Devienne pour le podcast Tahitian Talk que j’ai eu envie de me mettre à la peinture à l’huile. J’avais toujours perçue l’huile comme une contrainte, mais ce fût une formidable stimulation de découvrir de nouvelles techniques. Le confinement m’a ainsi permis d’explorer ce médium, et je suis passée par des phases de tâtonnements  très enrichissantes. J’ai retrouvé le plaisir de la peinture, renouvelant aussi ma palette et mon inspiration. Je me suis ainsi rendue compte que pour la première fois, je n’ai jamais utilisé de noir dans mes tableaux, alors que c’était auparavant la base même de ma peinture. J’ai eu envie de couleur lumineuse, contrastée et joyeuse.

Ua avatea roa

Mon inspiration est liée à mes préoccupations du moment : les collections polynésiennes que j’ai la chance de côtoyer au Musée de Tahiti , mais également les textes de Teuira Henry que j’ai étudié intensément pour les besoins du podcast Parau Tama. Enfin, la nature tient également une place prépondérante dans mes dernières toiles, avec l’utilisation de fougères appliquées  sur la toile, clin d’œil aux techniques de décorations des tapa, typiques de la société. Cette liaison avec la nature est désormais essentielle dans mon travail et ma vie personnelle, et elle  s’est renforcée suite au confinement.

Le fil conducteur de cette quinzaine d’huile que je vous propose est donc le fruit mon expérimentation nouvelle de la peinture à l’huile, nourrit par ses inspirations culturelles du moment.

J’aurais le plaisir d’exposer avec deux autres artistes que j’aime beaucoup, et sans eux, je ne me serais pas lancé dans cette aventure. J’expose donc avec mon ami Patrick Guichard, un « touche à tout », curieux et passionné qui utilise aussi la toile et le métal, que la feuille d’or.  Patrick expérimente tout ce qui pique sa curiosité, avec lui, le terme ‘ technique mixte’ prend tout sons sens.  J’ai eu la chance de partager avec Patrick un atelier pendant 1 an, et j’apprécie son apparente désinvolture et son  humour décalé qui se retrouvent dans ses titres évocateurs.

Bonjour Monsieur Paul – Patrick Guichard

Teva Victor sera également à nos côtés.  Depuis quelques années Teva se consacre aux grosses sculptures en pierre, ce qui rend difficile pour lui l’organisation d’exposition personnelle dans une salle dédiée. Cette exposition était une occasion pour lui de présenter ses dernières pièces, de taille plus modeste que ses dernières productions.  Teva proposera  ainsi six  sculptures, caractéristiques de son travail de la pierre, laissée en partie brute, à l’influence résolument contemporaine.

Transcendance -Teva Victor

L’œuvre la plus grande que présentera Teva , transcendance, a été sculptée en sortant du confinement, comme une impulsion impérieuse de faire surgir de la pierre un questionnement en gestation. Cette intrigante pièce semble jaillir des entrailles de la pierre, dans un besoin impérieux de vie.

L’exposition sera ouverte au public du 23 au 27 juin, de 9h à 17h en journée continue. Samedi 27 juin, de 9h à 12h, avec un café-rencontre avec les artistes. Vernissage le mardi 23 juin, à 18h. J’espère que vous serez nombreux à venir nous soutenir, créer est une superbe épreuve à partager.

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Ruata’ata

La légende du ‘uru

Je vais te raconter l’histoire de Rua-ta’ata , grâce à qui nous pouvons encore aujourd’hui nous régaler des fruits de l’arbre à pain, le tumu ‘uru.

Rua-ta’ata vivait à Raiatea avec sa femme Rumau-ari’i et ses quatre enfants. Survint une famine à Raiatea, et après avoir consommé tous les crabes de terre et les fruits du fara, la famille dû se réfugier dans les montagnes et se nourrir de fougères ; ils s’installèrent dans une grotte, cachés dans la montagne. C’était une période très difficile, et Rua-ta’ata souffrait de voir sa famille dans cette triste situation. Il s’inquiétait de voir les siens affamés, et ne savait comment assurer l’avenir de ses enfants.

Rumau-ari’i se lamentait également, et un soir très tard Rua-ta’ata la rassura et lui dit doucement alors qu’elle tombait fatigue, de ne plus s’en faire. Demain quand tu te réveilleras, mes mains seront devenues des feuilles, mon corps et mes bras seront devenues un tronc et des branches, et ma tête sera un fruit, rond et savoureux. Tu prendras ce fruit, fait le rôtir au feu, tremper dans l’eau, puis enlève la peau. Mangez ce fruit, et vous n’aurez plus jamais faim… Rumau-ari’i s’endormit profondément, sans savoir si elle avait rêvé ces paroles. Elle eût l’impression de sentir une dernière caresse sur sa joue de Rua-ta’ata, avant de le sentir s’éloigner et sortir de la caverne.

Le lendemain, Rumau-ari’i se réveilla tôt, constatant que Rua-ta’ata n’était pas là. Elle sortit à sa recherche et découvrit à l’entrée de la caverne un arbre splendide, avec des fruits ronds et verts à son pied. Elle comprit alors le sens des paroles de Rua-ta’ta, et réalisa qu’elle n’avait pas rêver. Elle sût que son homme s’était transformé en arbre majestueux pour protéger sa famille. En pleurant, elle ramassa les fruits ronds à terre, et ainsi que Rua-ta’ta le lui avait indiqué, elle les fit rôtir et lorsque ses enfants se réveillèrent, elle leur donna un morceau à chacun et le goûta elle-même. C’était délicieux, et elle comprit alors, malgré sa tristesse, qu’elle n’aurait plus à s’en faire car elle et ses enfants n’aurait plus jamais faim.

Ainsi Rua-ta’ata a fait don de son corps pour nourrir sa famille, et depuis les tumu uru ont proliférés, assurant la subsistance des familles polynésiennes. Aujourd’hui encore nous le consommons rôti au feu de bois, ou décliné dans des recettes plus modernes. Plus qu’un arbre, c’est le cadeau d’abondance à la terre polynésienne. 

Ro’o, le messager des dieux

Pour vous livrer l’histoire de Ro’o, j’ai le plaisir de partager avec vous ce poème de Madame Simone Grand, qui est une traduction du texte original en tahitien de Teuira Henry, que vous retrouverez également dans son intégralité ci-après. Je remercie de tout cœur Simone Grand qui a accepté de nous faire partager sa traduction de ce très beau texte, témoignage de la portée poétique de la langue tahitienne. Ces textes ont été édités dans l’ouvrage « Chants des origines, Mythes fondateurs du Tahiti »  que je vous incite à découvrir.


’E fano ’oe i te ra’i ta vero hia
’E ata e, ’e ata ti’iti’i
’E ata e, ’e ata mareva.
’Eiaha te ata hi’a,
’Eiaha te ata tū noa,
’Eiaha te ata ta’ata’a,
’Eiaha te ata fare,
’Eiaha te ata puaa
’Ō atu ra i te ata pe’e noa
’Ō atu ra i te ata ’oehau
Te ata ’ura, te ata re’are’a,
Te ata teatea, te ata tāupe,
’Ō atu i te ata verovero,
’Ō atu i te ata viriviri
’E te ata mahaha !
’A fano ’oe i te ra’i ta vero hia
’E ata e ! ’E ata pōiri, ’e ata fētu’i
’E ata pa’ari, hiti mare’are’a !
’O Faurourou te ata,
’E tā’ai na, tā’ai na, tupu, tā’ai na
’Ua hapu te ata pa’ari
’Ia Ro’o ‘arere nui ’a Tāne
Tā’ai na, tā’ai na, tupu, tā’ai na
’A moe Ro’o nui i te ata tā’ai na
‘A hurihuri, ’a tauahi
’A fa’auta ’o Roo i te ata,
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
’A ’ā’ai ‘o Roo i te ata
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
’A tātuatua ‘o Ro’o i te ata
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
’A hu’ihu’i ’o Ro’o i te ata
’A ’iti’iti ’o Ro’o i te ata
’A mamae ia Ro’o te ata,
’A fanau ia Ro’o te ata
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
’A tāpahi’i ’o Ro’o i te ata
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
’E farehu’a no Ro’o te ata
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
’A ne’e ’o Roo, ’a tōtoro ’o Ro’o i te ata
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
‘A haere ’o Ro’o i te ata
’A tā’ai na, tupu, tā’ai na
’A pa’ari ’o Ro’o i te ata
Hāhaere ’o Ro’o mā Tū
Tu’ava ’ē i te ata ’e rere
’E tā’ai na, tā’ai na
Tupu tā’ai na
’O Roo mua, Roo ’arere nui teie na Tāne, i rahua ’e Ta’aroa, i fanau hia ’e Faurourou, te ata pa’ari mare’are’a
’A rahu ra i te tahu’a na Tāne.
Teie ia ! ’O ’Oina, ’o Fāfā, ’o O’oia ’e ’o Tuiroa, na tahu’a nui ite ’a Tāne e.
Tei Mou’a ’ura i Uporu te fenua ’o Tāne i te Ao nei.
I reira tāna nu’u atua i ta’iruru raa i te anotau ta’upiti no te Ao nei.
Tei te ra’i hamama ’o Tāne na ta’ata ihi’ē’a ra : ’o Pa’u, ’o Hūhura, ’o Hua-nu’u-marae, ’o ’Āruru-nu’u-rara, ’o Poro-a-uta, ’o Poro-a-tai, ’o Poro-a-rau-ata ’e na vahine tama, ’o ’Anei-ra’i ’e ’o Tupetupe-i- fare-one.
’O Tāne ’e ’o ’Aruru, fanau maira ta raua tamaiti, ’o Fanau-tini, atua hua’ai rahi roa.
’E ’ore tāna vahine ’e hope i te tai’o no te rahi.

  • Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes, Chants de la Création, p.380

Ro’o, le messager


Pars vers le ciel rendu orageux
Nuages, nuages ronds
Nuages, fugaces nuages.
Non pas le nuage glissant,
Non pas le nuage immobile,
Non pas le nuage floconneux,
Non pas le nuage qui s’effiloche,
Non pas le nuage rebondi,
Mais au-delà du léger nuage
Mais au-delà du troublant nuage
Du nuage rouge, du nuage jaune,
Du nuage clair, du nuage affaissé,
Au-delà du rougeoyant nuage,
Au-delà des nuages qui s’enroulent,
Et des nuages vaporeux !
Pars vers le ciel rendu orageux
Nuages ! Sombres nuages d’après minuit.
Nuages gelés, aux bords dorés !
Enfant bienaimé est le nuage
Voyage, voyage, grandit, voyage
Le nuage gelé est enceint
De Roo, le grand messager de Tāne !
Voyage, voyage, grandit, voyage
Ro’o le grand dort dans le nuage voyageur
Tourne et retourne, enlace
Ro’o est véhiculé par le nuage,
Voyage, grandit, voyage
Roo dévore le nuage
Voyage, grandit, voyage
Ro’o combat tout nu le nuage
Voyage, grandit, voyage
Ro’o fait palpiter le nuage
Ro’o donne des douleurs au nuage
Ro’o fait souffrir le nuage
Le nuage a enfanté Ro’o
Voyage, grandit, voyage
Ro’o est langé du nuage
Voyage, grandit, voyage
Maternité est le nuage pour Ro’o
Voyage, grandit, voyage
Ro’o rampe, avance à tâtons dans le nuage
Voyage, grandit, voyage
Roo déambule dans le nuage
Voyage, grandit, voyage
Roo grandit dans le nuage
Roo et Tū se promènent
Maigreur singulière du nuage qui s’envole
Voyage, voyage
Grandit, voyage
C’est Ro’o premier, Ro’o grand messager de Tāne, invoqué par Ta’aroa, enfanté par Faurourou, le nuage doré gelé.
Fait surgir les experts pour Tāne.
Les voici : Aiguisé, Palpe, Rapide et Ajusteur, les grands experts de Tāne
Ici-bas, le pays de Tāne est Montagne-rouge à Uporu.
Là, ses armées divines se réunissent en réjouissances terrestres.
Dans le ciel ouvert de Tāne résident les très ingénieux : Eclabousse, Coursier, Petit-marae-martial, Rassemble-l’armée-dispersée, Héraut-amont, Héraut-aval, Héraut des divers nuages, et les deux mères : Fichtia-céleste et Flâneuse en maison de sable.
Tāne et ’Aruru eurent un fils : Multipare, divinité aux très nombreux enfants.
Il est impossible de dénombrer ses femmes tant elles étaient nombreuses.

  • GRAND Simone, Chants des origines, Mythes fondateurs du Tahiti Editions To’imata Tahiti, 2013

Ainsi naquit Ro’o , le messager, qui depuis son nuage, annonce les humeurs du dieu Tane. Ro’o le dieu nuage parcourt ainsi  le monde, et si tu contemples attentivement le ciel, tu observeras que ses messages sont multiples, de la blancheur du coton, au gris des orages, en passant par les oranges flamboyants au couché du soleil. Chaque jour, Ro’o nous délivre un message des humeurs des cieux.

TAne , dieu de la beauté

Je vais te raconter l’histoire fabuleuse du Dieu Tane, dieu de la beauté

Tane est le fils d’Atea[1], l’immensité du ciel, mais c’est Ta’aroa lui-même qui l’a façonné. Patiemment, Ta’aroa le créateur l’a modelé avec l’aide d’Atea, lui offrant tous les attributs nécessaires à la perfection, si bien que Tane devint le dieu de la beauté. Il fût le premier dieu à être doté de cheveux, à l’image de l’homme.

Satisfait de sa création, Ta’aroa lui offrit son requin favori, Ire[2], ainsi qu’une petite hirondelle blanche, le Pira’e et un bel oiseau au ventre rouge, Manu-tane’ura. Tous devinrent les messagers de Tane auprès des hommes.

Tane fut également doté de deux magnifiques lances, Vero-nu’u en bois de cocotier, et Vero-ra’ai, en bois dur de aito. [3]

Dans le 10ème ciel où résidait le beau Tane, naquit un nuage, doré, moelleux, doux… Ce nuage grossit, se gonfla, et de sa blanche étendue, naquit le dieu Ro’o, celui qui voyage et qui voit tout depuis le ciel. Il devint l’ami et le messager de Tane[4].

Bien que Tane était célèbre parmi les dieux et les hommes pour sa beauté et sa grandeur,  c’était aussi un dieu impérieux et belliqueux.

Ses querelles avec les autres dieux sont nombreuses et célèbres. Ainsi il se querella avec Te Tumu. Depuis les cieux éternels, les dieux faisaient pleuvoir des sortilèges sur  les hommes.  Te Tumu fit s’abattre des fortes pluies sur la Terre, et Tane pour lui répondre créait des journées ensoleillées. Quant Te Tumu envoyait aux hommes  la famine, Tane  au contraire leur offrait l’abondance … ainsi pendant des jours Te Tumu faisait subir ses enchantements à Tane, et Tane faisait subir les siens à Te Tumu. L’un envoyait les Ténèbres, et l’autre la Lumière.

A force de querelles, les hommes subissaient des orages, des grondements de vagues impétueuses sur les récifs, signes des colères de Te Tumu et de Tane. Les hommes implorèrent Ro’o, le messager nuage, de calmer Tane, et de leur apporter à nouveau l’harmonie nécessaire pour l’équilibre de leur vie.

Aussi, pour rétablir la beauté sur Terre,  malgré son caractère impérieux, Tane  se réconcilia avec Te Tumu, soucieux de répandre à nouveau l’harmonie créée par Ta’aroa.

Et  en signe de paix, il descendit des cieux éternels, précédé par son messager Ro’o , qui entoura les montagnes de nuages, et  Tane déposa à Punaauia le premier Pua, un arbre sacré, qui ensuite proliféra sur l’île[5].

Un autre conflit l’opposa à Atea. Désireux de parcourir le monde, Tane pris sa pirogue sacrée, Fa’atere-apu, accompagné par d’autres dieux, et par sa belle compagne, Aruru. Tane voulait découvrir les confins du monde, mais il était repoussé à chaque bord par Atea.  Car Atea, déesse de l’étendue céleste, en gardait aussi les limites. Tane se dressa dans sa pirogue, ordonnant à Atea de le laisser passer, mais plus il avançait, et plus les limites du monde reculaient. Tane souhaitait faire tomber Atea, mais ses compagnons l’en dissuadèrent … furieux, il continua son voyage, de bord en bord, cherchant à l’est comme à l’ouest le moyen d’arriver au bout du monde.

Il finit par descendre vers la terre, et y fût accueilli par son messager Ro’o , et Ta’ere, le dieu a l’habilité suprême. [6] Ta’ere partagea avec Tane son savoir, et Tane devint le dieu des artisans.

Mais Tane voulait reprendre son voyage, et défier à nouveau Atea . Il parcouru ainsi  l’immensité céleste, et lança sa lance Vero-ra’ai [7] vers Atea, pour percer son dôme… La lance retomba impuissante face à Atea.

Tane au souffle fort, siffla, respira bruyamment, éructa de colère, mais toujours Atea tenait bon, immuable.

Alors Tane s’apaisa, et en signe de paix, il offrit  à Atea les étoiles filantes qui illuminèrent le ciel et demanda à Ro’o le nuage de créer une pluie légère et fertile  pour célébrer  sur terre la paie  retrouvée dans le ciel.  

Ainsi le beau dieu Tane, qui fût créé à l’image des hommes, dieu des artisans, impétueux et passionné, nous apprend aussi qu’il faut savoir calmer sa colère pour rétablir la paix et l’harmonie sur le monde. [8]


[1] Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry , P 373

[2] Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry, p379

[3] Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry, P378

[4] Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry, p 380

[5] Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry, p 363

[6]Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry, p 475

[7Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry, p 476

[8] Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes Teuira Henry, P 477

Hina, déesse de la lune et du tapa

Je vais te raconter l’histoire de la déesse Hina.

Hina avait un frère, Ru, et ils étaient très proches. Ru était curieux et intrépide, et Hina était douce et juste. Ils étaient tous les deux issus d’une lignée de héros fondatrices et avaient toutes les qualités de leur rang. Hina était réputée pour ses tapa très fins, fabriqué avec l’écorce battue du tumu uru, l’arbre à pain et Ru était réputé pour son habilité et ses talents de navigateur. Un jour, poussé par sa curiosité,  Ru décida de parcourir le monde créé par Ta’aroa pour en connaître les limites. Hina, ne pouvait imaginée d’être séparée de son frère, décida de partir avec lui. Ensemble, ils commencèrent la préparation du voyage, et notamment de leur pirogue. La préparation d’une pirogue était un acte très important, qui impliquait des chants, des cérémonies et des soins infinis. Une grande natte fut tressée pour la toile, ainsi que des cordes de nape, fines et robustes.

Quant tout fût achevé, Ru s’assit à l’arrière pour pagayer, et Hina à l’avant, pour donner le cap et annoncer la terre. Ils voguèrent ainsi des jours, parcourant les îles de la Polynésie, découvrant la majesté des îles hautes, la puissance des montagnes, la beauté époustouflante des lagons. Hina était émerveillée par ces terres et ce monde harmonieux. Devant tant de beauté, elle chantait ses louanges à la terre, d’une voix pure et cristalline. Ensemble, ils visitèrent toutes les îles et les atolls que Ta’aroa avait créées.

C’est durant ces voyages que Ru décida de nommer les points cardinaux pour créer les repères des voyageurs. Te Hitia o te ra, pour le levé du soleil à  l’Est, Te tooa o te ra pour le coucher du soleil, à l’ouest, Apato’a pour le Sud et Apatoerau pour le nord.

C’est sur l’île  Raiatea qu’ils accostèrent et laissèrent leur pirogue. Ils vécurent quelque temps sur cette île, mais Hina n’avait pas perdu sa soif d’exploration après avoir parcouru le monde polynésien. Hina demeurait à motu tapu et un soir, elle pris sa pirogue et  par la passe te ava o Hina elle se  dirigea vers le large pour admirer la lune… La lune ce soir là était immense et illuminait l’océan de scintillement féérique. C’était un spectacle grandiose, encore plus beau que toutes les beautés que Hina avait vu en parcourant le monde. Fascinée, elle abandonna sa pirogue et plongea dans le reflet de la lune pour disparaître dans son éclat.

C’est ainsi que Hina devint la déesse de la Lune, où elle continua à veiller sur son frère, Ru, et sur tous les voyageurs, en leur indiquant leur chemin la nuit sur l’océan. Elle découvrit sur la lune un Ora, magnifique banian, dont elle utilisa l’écorce pour battre les tapas les plus fins et les plus réputés. Ces étoffes devinrent celles des dieux, et Hina est également la déesse du Tapa.  Un jour Hina laissa tomber une branche de Ora sur la terre, et l’on dit que c’est à Raiatea , et plus précisément à Opoa que cette branche fit souche  pour donner un arbre immense. C’est ainsi que les hommes purent également confectionner du tapa avec son écorce, d’une qualité jalousant celle des dieux. Ils en furent éternellement reconnaissant  à cette déesse douce et bienveillante.

Ainsi, sur la lune, au pied de son banian, Hina confectionnait inlassablement du tapa en veillant sur les hommes et en chantant la beauté du monde. Charmé par sa douceur, un upu’a , petit pigeon vert sauvage, se laissa apprivoisé par elle et il devint son messager auprès des hommes.

Ainsi Hina, lointaine, mais toujours présente, veille depuis sur le monde… Et certain soir, quand la lune est immense sur l’océan, si tu fais le silence dans ton cœur, tu pourras entendre le chant léger de Hina qui te sourie. 

Cette histoire est inspirée des textes de TAHITI AUX TEMPS ANCIENS, de Teuira Henry, Publication de la Société des Océanistes, p 478 à 484.

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Maui

La capture du soleil

Je vais te raconter l’une des nombreuses aventures du demi dieu Maui.

Tu connais Maui bien sûr. Dans le Pacifique, tout le monde connaît Maui. On raconte ses aventures à Tahiti, mais aussi à Tonga, Samoa, Aotearoa ou Hawaii.  Il est très connu car il est très fort, mais aussi très malin.  Maui trouve toujours une astuce pour se sortir des situations difficiles.

Parmi toutes ses aventures, il y en a eu que j’aime particulièrement … et je vais te raconter comment Maui attrapa le soleil.

Au début du monde que Ta’aroa créa, tout n’était pas encore fixé et notamment la durée du jour et de la nuit. Les jours étaient assez longs, car le soleil était très fier d’éclairer le monde de ses rayons brillants et brulants. Mais au bout d’un moment, le soleil se lassa d’être si souvent présent alors que la lune et les étoiles pouvaient se reposer si longtemps…

Il finit par se dire que lui aussi pouvait profiter de son repos, et qu’il n’était pas nécessaire d’être si présent après tout.

Passant d’un extrême à l’autre, le soleil changea sa course, et raccourci les jours

Bien évidemment cette décision eu des répercussions sur le monde. Le cycle des hommes, des animaux et des plantes s’en retrouva totalement perturbé.

Les taro, les uru, les bananes étaient moins nombreux … et puis bien évidemment les humains ne pouvaient plus accomplir toutes les tâches journalières nécessaires à l’équilibre de leur vie.

Ils n’avaient plus assez de temps pour pêcher, récolter, fabriquer tous les ustensiles nécessaires à la communauté.

Pire que tout, ils n’avaient vraiment plus le temps pour la préparation du ahima’a, le four traditionnel des polynésiens. A force à force de manger des aliments mal cuits, tout le monde était malade. Plus personne n’avait le cœur joyeux.

Les hommes étaient très contrariés et ne savaient comment faire. Mais le plus contrarié de tous était l’impétueux Maui.

Il décida de confectionner un filet avec des lianes de purau, l’écorce du mati, et des tresses de nape, les fibres de coco tressées. … Il travailla autant qu’il le pouvait avec ses frères. Il finit par obtenir un filet extraordinaire, avec une multitude de nœuds  différents qu’il apprit ainsi aux hommes.  Il incorpora dans son filet un cheveu long et soyeux de sa fiancée Hina…

Lorsqu’il fût prêt, il se plaça sur le récif  en bordure d’horizon, attendant patiemment que le soleil se lève enfin. Dès que les premiers rayons se présentèrent, Maui, vif comme l’éclair, lança son fabuleux  filet avec dextérité, et il emprisonna le soleil.

S’en suivi une formidable bataille, car le soleil était puissant et bondissait pour se libérer. Il se tordait sur la droite, en haut, en bas. Malgré la robustesse  du filet, le soleil vint à bout des lianes, des écorces et des algues. Le soleil pensait qu’il sortirait vainqueur de ce formidable combat. Mais c’était sans compter sur la force et la ruse de Maui … car le cheveu de Hina ne céda pas ! Il avait beau se débattre, rien n’y fit, le soleil restait prisonnier de Maui .

Epuisé, il supplia Maui de le relâcher. Maui lui fit admettre qu’il était vaincu. Le soleil acceptant sa défaite, Maui lui fit promettre de rétablir l’équilibre du monde. Il dut s’engager à produire suffisamment de chaleur pour que toute chose puisse croître comme auparavant. 

Fatigué, mais flatté également d’être si essentiel pour les hommes, le soleil promis à Maui d’éclairer de ses rayons le monde, encore mieux qu’auparavant et en répondant à un cycle régulier.

Et c’est ainsi que l’équilibre du monde fût établit … et depuis, fidèle à sa parole, le soleil n’a jamais manqué d’éclairer le monde. Il a même finis par y prendre goût, offrant parfois pour son levé et son couché, une explosion de couleur époustouflante.

Mais afin d’être bien sûr que le soleil ne manque à sa parole, le rusé Maui a confié à l’horizon le cheveu de sa fiancée. Et si tu prends le temps d’observer le couché du soleil quand l’horizon est parfaitement dégagé, tu apercevras furtivement un rayon vert. C’est  le cheveu qui s’illumine à chaque passage du soleil pour qu’il n’oublie jamais de revenir le lendemain.

Cette histoire est inspirée des textes de Teuira Henry, mais tu peux aussi la retrouver déclinée dans de nombreux albums illustrés.

J’espère qu’elle t’a plu, et que je te retrouverai bientôt pour une nouvelle histoire.

Pour écrire ce conte, j’ai également beaucoup pensé au  chant de Bobby Holcomb, racontant la légende de Maui.


O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day
O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day

‘a’amu teie no Maui ti’i ti’i o te ra / Ceci est la légende de Maui attrapant le soleil /This is the legend of Maui catching the sun
e tana riri hi i tona ra metua / et de sa colère envers son parent / and of his anger to his parent
e ua riri atoa ite Ra / il est aussi en colère après le soleil / He is also angry after the sun
e ore i tere maita’i ha i te ohipa / car le travaille n’abouti pas / because works never ended

O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day
O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day

ua ro’o te ma’ua tuai te ta’ata / l’ignorance des hommes était réputée / The ignorance of the people was considered
na hea ra e roa’ai i te mahana / comment faire pour attraper le soleil? / how to catch the sun?
Haamani a’era Maui i te here pata / Maui frabriqua un lasso / Maui made a lasso
i te here e here i te ra / pour piéger le soleil / to trap the sun

O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day
O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day

ukulele

e here no te here mori haere teie e / ceci est un lasso pour piéger le feu baladeur / This is a lasso to trap the moving light
e here tutau ana’e hia i te tairave / un piège pour ancrer la prise / a trap to anchor the taking
e ua rave atoa i te firi rouru / il prit aussi une tresse de cheveux / He also took a plait
o HINAHINA TOTO-IO purotu / de la belle HINAHINA TOTO-IO / of the beautiful HINAHINA TOTO-IO (full name of his sister HINA)

O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day
O MAUI ti’i ti’i o te ra / O Maui attrape le soleil / O Maui Catches the sun
a huti huti oe te mahana / hisse le jour / hoists the day

‘a’amu teie no Maui ti’i ti’i o te ra / Ceci est la légende de Maui attrapant le soleil /This is the legend of Maui catching the sun
e tana riri hi i tona ra metua / et de sa colère envers son parent / and of his anger to his parent
e ua riri atoa ite Ra / il est aussi en colère après le soleil / He is also angry after the sun
e ore i tere maita’i ha i te ohipa / car le travaille n’abouti pas / because works never ended
ia ore i tere maitai ha, i te ohipa / car le travaille n’abouti pas / because works never ended

Tableau du peintre et chanteur Bobby Holcomb ©DR
Tableau du peintre et chanteur Bobby Holcomb ©DR

Bibliographie :

Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes, Capture du soleil (2) – 446 -449

Dodd Edward, La légende de Maui, Haere Po No Tahiti, 1994, 25-29.

Dufour Emy-Louis, Histoires et légendes des temps anciens de Tahiti et des îles,  Au vent des Îles, 2012, La capture du soleil , 29-32 

Bulletin de la Société des Études Océaniennes numéro 27,” Ana’ite, consulté le 11 avril 2020, http://anaite.upf.pf/items/show/514, légende de Maui

Bulletin de la Société des Études Océaniennes numéro 209,” Ana’ite, consulté le 11 avril 2020, http://anaite.upf.pf/items/show/726, Tradition concernant le grand Maui ….

Portail des civilisations https://www.nccri.ie/oceanie/maui.htm, consulté le 13 avril 2020, Maui

Persée Dialogues d’histoire ancienne Mythopoiétique et colonisation des îles et archipels du GrandOcéan austral : l’épopée des Maui des Tonga Madame Christine Perrez https://www.persee.fr/docAsPDF/dha_0755-7256_1998_num_24_1_2384.pdf , consulté le 13 avril 2020, Maui

PARAU TAMA – Ta’aroa

Parau Tama est un podcast de contes et légendes polynésiennes destinés aux enfants. C’est avant tout pour que notre fils puisse découvrir les légendes de son pays que nous avons décidé de créer ce contenu, mais nous sommes heureux de la partager avec d’autres enfants, d’ici ou d’ailleurs.


Pour cette première saison, les textes sont inspirés de Teuira Henry, mais nous serions vraiment heureux de pouvoir collaborer avec des auteurs et conteurs pour pouvoir enrichir le répertoire d’histoire à partager. Les connaisseurs noterons que j’y ai ajouté ma touche personnelle, car il me semble que ce qui conte aussi lorsque l’on raconte une histoire, c’est le message que l’on veut transmettre et le sens qu’on lui attribue.

J’ai choisi de commencer par le mythe de Ta’aroa, bien évidemment parce que c’est celui de la création, mais aussi parce que quand j’étais enfant, j’ai appris comme beaucoup de polynésiens la chanson de Ta’aroa, sans savoir à quoi cette chanson était liée. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris qui était Ta’aroa. J’aime toujours autant cette chanson, je suis heureuse que mes enfants la connaisse, et je souhaite qu’ils saches qui est Ta’aroa.

J’espère sincèrement que ce podcast plaira aux enfants, car j’y ai mis beaucoup de moi-même.

Je vais te raconter l’histoire de Ta’aroa. ..

Ta’aroa, l’unique, est l’origine du monde polynésien, Tahi tumu, il est l’ancêtre de tous les dieux.

Il existait depuis des temps immémoriaux.

Les formes de Ta’aroa étaient innombrables

Il était l’Unique, il était tout mais il était aussi le seul…

Il était puissant mais il n’avait personne ni rien…

Il restait dans sa coquille, plongé dans les ténèbres.

Sa coquille était  comme un œuf qui tournait dans l’espace infini,  sans ciel,  sans terre, sans lune, sans soleil et sans étoile.

Rumia était le nom de sa coquille. Un jour, il la brisa.

Il se tint debout sur sa coquille, et appela en bas, appela en haut, appela dessus…

Seul l’écho puissant de son être,  résonnait. Hors de sa coquille, dans l’infini, il était encore plus puissant, mais aussi encore plus seul.

Lassé d’appeler sans résultat, il retourna dans sa coquille, attendant que quelque chose se passe mais n’entendait que l’écho de sa voix. Après des jours et des nuits infinies de solitudes, Ta’aroa décida de se révéler.

Il déploya son être et ouvrit ses bras, qui révélèrent  des ailes magnifiquement ornées de plumes vibrantes, où le rouge et le jaune dominaient. Il étira sa longue colonne vertébrale et ses muscles puissants. Il secoua sa luxuriante et brillante chevelure et sa beauté se révéla entière.

Il créa une autre coquille pour en faire la roche et la terre qui seraient  la fondation du monde, et utilisa Rumia, sa coquille originelle, pour créer la voûte céleste. La terre et le ciel, issus de son être et de son enveloppe, étaient maintenus par Tumu-ra’i-fenua , la pieuvre sacrée.

Afin de donner au monde sa beauté, Ta’aroa offrit sa colonne vertébrale pour créer les montagnes des îles et des terres.

Avec sa superbe chevelure, il créa une multitude d’arbres, ainsi que les fleurs odorantes et l’herbe douce qui recouvrit la terre.

Avec son malicieux sourire, il créa la lune changeante mais rassurante, qui avec les étoiles, éclaireraient la voûte céleste de multiples étincelles joyeuses.

Avec sa sueur et ses larmes, il créa la pluie qui abreuve, les lacs, les rivières et la mer … L’eau, source de vie, se répandit dans les vallées, ruisselant jusqu’au paisible lagon, avant de s’offrir dans les océans.

Avec son souffle, il créa la houle et les vagues, ondulations aux multiples enchantements.

Et enfin, pour peupler ce monde, il secoua ses plumes et toutes ses couleurs donnèrent vie aux animaux. Des poissons choisir de vivre dans  les océans immenses et profonds, les animaux terrestres profitèrent des espaces verdoyants … quant aux oiseaux, ils eurent le ciel et Ta’aroa leur offrit sa voie, pour qu’ils deviennent ses messagers.

Partout, une joyeuse et harmonieuse mélodie résonna. Là ou il y avait le vide et le silence, Ta’aroa entendit enfin la vie  qui emplissait ce monde si beau qu’il avait créer en lui donnant son corps.

Satisfait, Ta’aroa dans un ultime souffle créa les autres dieux qu’il  tira des ténèbres. Un dieu pour chaque chose créée, pour chaque être, pour chacune de ces beautés… les requins, les oiseaux, les tortues devinrent leurs messagers.  Ainsi Ta’aroa créa l’équilibre de ce monde, créant chaque chose comme faisant partie d’un tout qui était son corps.

C’est au coté du dieu Tu qu’il créa l’homme pour veiller sur la terre, tandis que les dieux resteraient dans le A’o, la lumière céleste.

Ainsi Ta’aroa le créateur mit fin à sa solitude pour être en toute chose.

Si tu prends le temps de contempler les profondes vallées, les puissantes vagues, d’écouter la mélodie du vent dans les feuilles des grands arbres majestueux, ou le chant des oiseaux, alors tu percevras une infime partie de la majesté de Ta’aroa.

Cette terre sublime et multiple est son œuvre, c’est aussi son offrande aux hommes. Elle est la preuve de la beauté du monde. Notre devoir est de la préserver et de  l’aimer.

Cette histoire est inspirée des textes de Teuira Henry, mais tu peux aussi la retrouver déclinée dans de nombreux albums illustrés.

J’espère qu’elle t’a plu, et que je te retrouverai bientôt pour une nouvelle histoire.

Je t’invite à découvrir également les paroles du chant dédié à Ta’aroa.

O te miti nei ra te marae mo’a roa

E te hanahana o teie nei ao

Vahi hāhano vahi ra’a

Fa’atupura’a manava hirahira

E e Ta’aroa e

A tono maina to maramarama

 I ni’a i teie nei moana e

Fa’aora te fenua e hahe

E e Ta’aroa e

A tono maina to maramarama

I ni’a i teie nei moana e

Fa’aora te arii e hahe

Aroha mai

Aroha mai oe ia’u Ta’aroa ehehe

Tei raro a ae te tāpo’i

O to ‘oe manu pererau

Bibliographie :

Henry Teuira, Tahiti aux temps anciens, Publication de la Société des Océanistes, n°1 2000, Chants et légendes, Chants de la Création. 343 -347.

Taaroa Marau, Mémoire de la reine Marau, Publication de la Société des Océanistes, N°27 1971, Le Commencement, 47-54

Dufour Emy-Louis, Histoires et légendes des temps anciens de Tahiti et des îles,  Au vent des Îles, 2012, La création du monde, 11-14

E te Tumu nui

Le confinement me porte à mener les projets que j’ai commencés, ou à réaliser ceux  que j’avais toujours reportés. C’est comme une obligation morale d’utiliser ce temps qui nous est  imposée pour en faire quelque chose de positif, et si possible qui aide à envisager le monde différemment.

E te tumu nui- Huile sur toile- Mars 2020- Vendue

Depuis l’enregistrement du Podcast avec Louis Devienne, je me suis mise à la peinture à l’huile. C’est un exercice nouveau, excitant, mais contraignant aussi. Je découvre la lumière de l’huile, mais aussi les temps de séchage, qui m’obligent à la patience, ce qui n’est pas vraiment dans mon tempérament. Si l’apprentissage est difficile, il est aussi gratifiant, et j’ai enfin terminé ma première (toute petite) huile.

Pour cette nouvelle expérience, je change de procédé, mais également de gammes de couleurs. L’huile me donne envie d’explorer les jaunes, les bleus, et la période renforce ce besoin de luminosité. Je ne sais pas  si à terme je poursuivrais avec cette palette ou si je reviendrai vers des couleurs plus neutres, mais pour le moment ce changement m’apporte une respiration salvatrice.

J’avais aussi envie de revenir à l’ajout d’écrits au sein de mes tableaux. C’est une expérience déjà tentée en 2014, et j’y reviens donc. Pour le moment, les textes sont issus de « Tahiti aux temps anciens » de Teuira Henry. Ils correspondent à un autre de mes projets du moment, autour des contes polynésiens. Mais j’espère à terme pouvoir également associer des auteurs polynésiens à cette recherche.

Te ‘uru- Huile sur carton entoilé- avril 2020- Vendue

La période me donne l’envie, ou le besoin, de thèmes liés à la nature et aux notions de racines. J’espère, certainement naïvement, que nous saurons inventer un rapport nouveau à la nature et à notre place au sein d’elle. Un rapport empreint de sagesse ancestrale, d’équilibre, mais avec une approche qui serait contemporaine.

Toutes ces problématiques sont au centre de mes pensées du moment, et ma peinture est empreinte de ces préoccupations, et de ce combat bienveillant que je mène avec l’huile. Un apprentissage somme toute épanouissant.

D’ailleurs, j’apprends aussi, et c’est certainement grâce aux conseils de Louis Devienne, a lâcher prise, et a tout simplement effacer un tableau et le recommencer si je n’en suis pas complétement satisfaite. J’ai ainsi effacé Mata Ninamu, que j’aimais pourtant pour sa composition.

Mata ninamu – Huile désormais effacée 🙂

D’autres toiles sont en préparation. Je sais que le chemin sera encore long, mais j’en apprécie chaque étape… J’avais une exposition prévue fin avril à la Maison de La Culture, mais je ne sais pas si elle pourra être organisée finalement. D’ici là, nous aurons le temps d’inventer d’autres modes d’exposition …

Tarifs des toiles présentées , entre 25 000 xpf et 30 000 xpf .
Me contacter à miriamabono@gmail.com pour plus d’informations .

Wallès Kotra , destin d’un insulaire.

Pour cet épisode, j’ai le grand bonheur de vous faire partager une conversation pleine de sagesse insulaire avec Wallès Kotra.

« Le destin d’un insulaire c’est de partir … »

Originaire d’une petite île en Nouvelle-Calédonie, Tiga, Wallès Kotra est un journaliste, un homme de télévisions, un auteur de documentaires, il a également publié trois ouvrages d’entretiens. Engagé au sein du Centre Culturel Jean-Marie Tjibaou,  fondateur du FIFO (Festival International du Film documentaire Océanien), Wallès est homme de parole, au sens le plus noble qu’il soit, mais c’est également un homme de projets.

« Dans le monde Kanak, la parole est un acte »

Curieux et d’une édifiante humilité, c’est de son insularité qu’il puise son extraordinaire humanisme et une vision du monde optimiste. De Tiga à Paris, avec plusieurs aller-retours vers la Nouvelle Calédonie, Wallès contribue au travers de ses paroles et de ses actes à rendre l’Océanie visible.

J’ai la chance immense de côtoyer Walles Kotra depuis 10 ans grâce au FIFO. A ses cotés, j’ai réalisé que j’étais océanienne, profondément insulaire, et insatiablement curieuse de l’autre … J’ai compris que c’est notre fragilité que nous puisons notre force et notre résilience millénaire. Avec Heremoana Maamaatuaiahutapu, Wallès Kotra est ‘mon père spirituel’, et je partage avec eux cet amour immense pour mon île, à qui je veux rendre tout ce que je lui dois. J’ai un profond respect pour leur engagement, et je leur suis reconnaissante d’avoir éveiller une conscience qui sommeillait en moi.

Vous l’aurez compris, c’était un honneur pour moi de pouvoir faire cette interview avec Wallès, et si cette interview est l’une des plus courte que j’ai réalisée c’est aussi l’une des plus intenses.

C’est donc avec un grand plaisir que je vous invite à partager cet entretien inspirant et plein de bienveillance avec Wallès Kotra.

« Je dis des mots qui ne meurent jamais »

Issue d’un entretien avec Nidoïsh Naisseline

#11 Titaua Porcher

Titaua, du mythe au théâtre …

Titaua Porcher est maître de conférences en littératures française et francophone à l’université́ de la Polynésie française où elle travaille notamment sur la littérature océanienne. Elle est également l’auteur d’une pièce de théâtre, Hina Maui et compagnie, qui a reçu le prix Amopa décerné par les lycéens polynésiens.

Sa pièce est une réinterprétation du mythe de Hina et de l’anguille, l’une des histoires les plus connues en Polynésie. Elle transpose dans un univers moderne des figures de la mythologie locale, en abordant en filigrane des problématiques contemporaines, notamment la protection de l’environnement ou les relations intergénérationnelles.  L’œuvre a été mise en scène récemment, et pour le moment jouée une seule fois, mais Titaua travaille avec sa troupe pour pouvoir la présenter à nouveau, notamment pour le public scolaire.

Bien que passionnée de théâtre cette expérience a été une grande première pour Titaua puisqu’elle a également réalisé la mise en scène de la pièce, et ainsi découvert la direction d’acteurs et les aléas liés aux spectacles. Au travers de notre conversation, nous avons également évoqué ses travaux à l’université, mais également la place du théâtre dans la vie culturelle polynésienne, et le renouveau qui semble s’amorcer.

Je ne connaissais pas Titaua, mais notre rencontre a été pour moi une heureuse évidence, tant je me suis sentie en phase avec son approche moderne de la culture et sa transposition des mythes polynésiens dans un univers contemporain.

Titaua est une polynésienne d’aujourd’hui, passionnée, bienveillante, plurielle et je vous invite à découvrir cette très belle personnalité qui j’en suis certaine nous réservera encore de belles aventures artistiques dans les années à venir.

Traitement en cours…
Terminé ! Vous figurez dans la liste.
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